Mardi 8 Novembre 2005
Villepin annonce le couvre-feu et des renforts de police dans les banlieues
Le Premier ministre Dominique de Villepin a annoncé lundi soir que les préfets pourraient recourir au couvre-feu, dès mercredi, pour ramener l'ordre dans les banlieues en se fondant sur une loi de 1955 instaurant l'état d'urgence dans le contexte de la guerre d'Algérie.L'événement
Dominique de Villepin a également annoncé sur TF1 un renfort de 1.500 réservistes, gendarmes et policiers, portant à 9.500 le nombre d'hommes mobilisés sur les émeutes.
"Dans ce contexte particulièrement grave, le président de la République (Jacques Chirac) a décidé de convoquer demain matin (mardi) le conseil des ministres et de mettre en oeuvre les dispositions de la loi de 1955", a annoncé M. de Villepin sur TF1.
"Partout où c'est nécessaire, les préfets pourront sous l'autorité du ministre de l'Intérieur appliquer le couvre-feu s'ils l'estiment utile pour permettre un retour au calme et assurer la protection des habitants", a-t-il ajouté.
Peu après son intervention, l'entourage du Premier ministre a précisé que le couvre-feu pourrait s'appliquer dès mercredi matin après publication au Journal Officiel.
Pour la première fois depuis le début des violences urbaines, un élu, le député maire UMP du Raincy (Seine-Saint-Denis) Eric Raoult, avait annoncé lundi avoir pris un arrêté de "couvre-feu exceptionnel" sur sa ville à partir de ce lundi soir.
La nuit de dimanche à lundi, la onzième nuit d'émeutes en France, a été marquée par l'incendie de 1.408 véhicules, en majorité en province, et l'interpellation de 395 personnes, soit le plus lourd bilan depuis le 27 octobre.
Lundi matin, le directeur général de la police nationale Michel Gaudin a précisé que la région parisienne, avec 426 véhicules incendiés dont 18 à Paris (741 la nuit précédente, dont 36 à Paris), a été moins touchée que la province où 982 véhicules ont été brûlés (554 la nuit précédente).
Quatre-vingt-trois personnes ont été écrouées en France depuis le début des violences urbaines, selon un décompte du ministère de la Justice publié lundi soir.
Au total, 599 personnes ont été placées en garde à vue et 192 ont été déférées devant un tribunal ou sont en instance de déferrement, selon la même source.
Le Premier ministre a estimé que des "réseaux criminels organisés appuient les désordres" dans les banlieues et que les groupes islamistes ne constituaient pas "l'essentiel" des violences mais que celles-ci étaient aussi le fait de "jeunes en rupture sociale".
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Dans le volet social de ses déclarations, le Premier ministre a promis de "restaurer la contribution" financière aux associations dans les quartiers sensibles qui avait été "abaissée" ces dernières années.
Il a également proposé l'apprentissage dès 14 ans, au lieu de 16 ans, "pour les enfants qui ont le plus de difficultés" scolaires, une mesure jugée "lamentable" par Gérard Aschieri de la FSU, principale organisation de l'enseignement, qui a estimé que le gouvernement voulait "accentuer le tri social".
Lundi, les appels au calme se sont une fois encore multipliés. Le plus marquant est venu du jeune Muhittin Altun, gravement brûlé en se réfugiant avec ses deux camarades dans un transformateur électrique le 27 octobre à Clichy-sous-Bois. Il a demandé depuis son lit d'hôpital, "l'arrêt" des violences urbaines. La mort de ses deux camarades, qui se croyaient poursuivis par la police, avaient servi de détonateur aux émeutes.
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Plusieurs centaines de personnes, "4 à 500" selon des organisateurs, se sont rassemblées lundi soir au pied de la cité des 4.000 de la Courneuve (Seine-Saint-Denis), à l'appel de la mairie et d'associations pour dire "non aux violences".
Environ 200 personnes se sont également réunies à Stains (Seine-Saint-Denis) en hommage à Jean-Jacques Le Chenadec, 61 ans, décédé lundi, trois jours après une agression sans lien établi avec les violences urbaines, selon sa femme et le maire de Stains.
Les violences urbaines se sont pourtant poursuivies lundi soir. Une école primaire a notamment été partiellement détruite par un incendie dans la soirée à Bruay-sur-l'Escaut (Nord), une municipalité proche de Valenciennes, a constaté un photographe de l'AFP.