Le gouvernement français décrète l'état d'urgence, Villepin annonce un plan
Des incidents ont éclaté à Toulouse mardi soir alors que Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont réactivé dans la matinée la loi sur l'état d'urgence pour tenter de faire face aux violences avant que le Premier ministre n'annonce des mesures pour les banlieues.
Des incidents ont éclaté peu après 19h30 entre un groupe de plusieurs dizaines de jeunes et des forces de l'ordre dans le quartier de la Reynerie, à Toulouse. La préfecture de Haute-Garonne a été le principal foyer de violence dans la nuit de lundi à mardi. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'est rendu sur place mardi soir pour "soutenir" les policiers locaux.
Dans la matinée, le Conseil des ministres a adopté un décret d'application de la loi du 3 avril 1955, qui institue l'état d'urgence en France, autorisant notamment des couvre-feux et des perquisitions sans le contrôle d'un juge.
Lors de ce Conseil des ministres, tenu après une douzième nuit consécutive d'émeutes (1.173 véhicules brûlés, 330 personnes interpellées), le président Chirac a affirmé que la décision d'instaurer ces couvre-feux était "nécessaire pour accélérer le retour au calme".
Mesure exceptionnelle, le couvre-feu avait été instauré pour la dernière fois en 1984 en Nouvelle-Calédonie, alors en proie à une flambée de violence.
Mardi après-midi, lors d'un débat à l'Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy a assuré que la mise en oeuvre du couvre-feu ferait l'objet d'une "application mesurée" qui ne mettrait "en cause la liberté de personne". A Toulouse dans la soirée, le ministre de l'Intérieur a ajouté que le couvre-feu serait mis en place "d'une manière proportionnée à la menace".
Les décrets permettant l'application de ces couvre-feux devraient être publiés au Journal officiel de mercredi.
Dès la fin de l'après-midi, la préfecture de la Somme a annoncé avoir pris un arrêté de couvre-feu de 22H00 à O6H00 pour Amiens et sa métropole concernant les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés et entrant en vigueur mercredi à 0H00.
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Auparavant, deux autres maires UMP - Serge Grouard à Orléans et Jean Marsaudon à Savigny-sur-Orge (Essonne) - avaient pris mardi des arrêtés imposant un couvre-feu pour les mineurs.
La préfecture de la Somme a également interdit la vente aux mineurs d'essence au détail, c'est à dire dans des récipients, une décision prise dans le Val-de-Marne, l'Hérault et l'Eure-et-Loir.
Quant aux perquisitions, elles seront possibles sans feu vert de la justice durant douze jours pendant l'état d'urgence, lorsqu'il y aura "suspicion" de détention d'armes, a précisé Nicolas Sarkozy.
Estimant que "la lutte contre toutes les discriminations doit devenir une priorité pour la communauté nationale", Dominique de Villepin a annoncé la création prochaine de "préfets délégués à l'égalité des chances" et "d'une grande agence de la cohésion sociale et de l'égalité des chances".
Le gouvernement, qui avait réduit les subventions aux associations, va leur débloquer 100 millions d'euros supplémentaires en 2006. Une "solution spécifique" sera trouvée pour chaque jeune voulant bénéficier d'une formation, d'un stage ou d'un contrat.
Seront créés dès janvier 2006 "5.000 postes d'assistants pédagogiques pour les 1.200 collèges des quartiers sensibles".
"15 zones franches urbaines supplémentaires" inciteront les entreprises à s'installer dans des quartiers sensibles. "20.000 contrats d'accompagnement pour l'emploi et contrats d'avenir seront réservés" aux quartiers difficiles, et le gouvernement va "doubler le nombre d'adultes-relais".
Selon un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui en France de mercredi, près des trois quarts des Français (73%) soutiennent l'autorisation de recourir au couvre-feu pour ramener le calme dans les banlieues.
A Marseille, une cinquantaine de jeunes ont tenté en vain mardi en fin d'après-midi de piller l'hypermarché d'un centre commercial et neuf d'entre eux ont été arrêtés et placés en garde à vue.
Deux jeunes soupçonnés d'avoir appelé à l'émeute dans les banlieues sur des blogs internet ont par ailleurs été mis en examen par un juge parisien.
Des rassemblements contre la violence et pour appeler au calme ont rassemblé mardi soir un millier de personnes à Villejuif (Val-de-Marne) et environ 700 à Brétigny-sur-Orge (Essonne).