Le gouvernement français décrète l'état d'urgence, Villepin annonce un plan

Le gouvernement français décrète l'état d'urgence, Villepin annonce un plan
Mercredi 9 Novembre 2005

Le gouvernement français décrète l'état d'urgence, Villepin annonce un plan

Des incidents ont éclaté à Toulouse mardi soir alors que Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont réactivé dans la matinée la loi sur l'état d'urgence pour tenter de faire face aux violences avant que le Premier ministre n'annonce des mesures pour les banlieues.

Des incidents ont éclaté peu après 19h30 entre un groupe de plusieurs dizaines de jeunes et des forces de l'ordre dans le quartier de la Reynerie, à Toulouse. La préfecture de Haute-Garonne a été le principal foyer de violence dans la nuit de lundi à mardi. Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy s'est rendu sur place mardi soir pour "soutenir" les policiers locaux.

Dans la matinée, le Conseil des ministres a adopté un décret d'application de la loi du 3 avril 1955, qui institue l'état d'urgence en France, autorisant notamment des couvre-feux et des perquisitions sans le contrôle d'un juge.

Lors de ce Conseil des ministres, tenu après une douzième nuit consécutive d'émeutes (1.173 véhicules brûlés, 330 personnes interpellées), le président Chirac a affirmé que la décision d'instaurer ces couvre-feux était "nécessaire pour accélérer le retour au calme".


Mesure exceptionnelle, le couvre-feu avait été instauré pour la dernière fois en 1984 en Nouvelle-Calédonie, alors en proie à une flambée de violence.

Mardi après-midi, lors d'un débat à l'Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy a assuré que la mise en oeuvre du couvre-feu ferait l'objet d'une "application mesurée" qui ne mettrait "en cause la liberté de personne". A Toulouse dans la soirée, le ministre de l'Intérieur a ajouté que le couvre-feu serait mis en place "d'une manière proportionnée à la menace".

Les décrets permettant l'application de ces couvre-feux devraient être publiés au Journal officiel de mercredi.

Dès la fin de l'après-midi, la préfecture de la Somme a annoncé avoir pris un arrêté de couvre-feu de 22H00 à O6H00 pour Amiens et sa métropole concernant les mineurs de moins de 16 ans non accompagnés et entrant en vigueur mercredi à 0H00.



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Auparavant, deux autres maires UMP - Serge Grouard à Orléans et Jean Marsaudon à Savigny-sur-Orge (Essonne) - avaient pris mardi des arrêtés imposant un couvre-feu pour les mineurs.

La préfecture de la Somme a également interdit la vente aux mineurs d'essence au détail, c'est à dire dans des récipients, une décision prise dans le Val-de-Marne, l'Hérault et l'Eure-et-Loir.

Quant aux perquisitions, elles seront possibles sans feu vert de la justice durant douze jours pendant l'état d'urgence, lorsqu'il y aura "suspicion" de détention d'armes, a précisé Nicolas Sarkozy.

Estimant que "la lutte contre toutes les discriminations doit devenir une priorité pour la communauté nationale", Dominique de Villepin a annoncé la création prochaine de "préfets délégués à l'égalité des chances" et "d'une grande agence de la cohésion sociale et de l'égalité des chances".

Le gouvernement, qui avait réduit les subventions aux associations, va leur débloquer 100 millions d'euros supplémentaires en 2006. Une "solution spécifique" sera trouvée pour chaque jeune voulant bénéficier d'une formation, d'un stage ou d'un contrat.


Seront créés dès janvier 2006 "5.000 postes d'assistants pédagogiques pour les 1.200 collèges des quartiers sensibles".

"15 zones franches urbaines supplémentaires" inciteront les entreprises à s'installer dans des quartiers sensibles. "20.000 contrats d'accompagnement pour l'emploi et contrats d'avenir seront réservés" aux quartiers difficiles, et le gouvernement va "doubler le nombre d'adultes-relais".

Selon un sondage CSA pour Le Parisien/Aujourd'hui en France de mercredi, près des trois quarts des Français (73%) soutiennent l'autorisation de recourir au couvre-feu pour ramener le calme dans les banlieues.

A Marseille, une cinquantaine de jeunes ont tenté en vain mardi en fin d'après-midi de piller l'hypermarché d'un centre commercial et neuf d'entre eux ont été arrêtés et placés en garde à vue.

Deux jeunes soupçonnés d'avoir appelé à l'émeute dans les banlieues sur des blogs internet ont par ailleurs été mis en examen par un juge parisien.

Des rassemblements contre la violence et pour appeler au calme ont rassemblé mardi soir un millier de personnes à Villejuif (Val-de-Marne) et environ 700 à Brétigny-sur-Orge (Essonne).

# Posté le mardi 08 novembre 2005 19:21

Banlieues: des jeunes, sans visages, refusant le modèle social français

Banlieues: des jeunes, sans visages, refusant le modèle social français
Mercredi 9 Novembre 2005

Banlieues: des jeunes, sans visages, refusant le modèle social français

Sans revendications, sans idéologie déclarée, sans porte-parole et même sans visages: les jeunes qui ont déclenché ces émeutes en banlieue, du jamais vu en France, ont en commun leur refus du modèle social français, remarquent plusieurs intellectuels de renom.

Pour le sociologue Alain Touraine, "nous sommes actuellement dans une phase de désintégration marquée à la fois par le rejet des groupes minoritaires et par le repli communautaire".

"Il n'est donc pas étonnant, dit-il, que ces jeunes de banlieue agissent négativement par l'émeute". "Ils n'ont pas le désir de changer mais de casser".

"Le mouvement actuel, explique-t-il, est à l'opposé de la marche des Beurs en 1983. On était alors en pleine phase d'intégration, de montée de confiance. Les 100.000 personnes qui avaient alors participé à cette marche pour l'égalité étaient tous culturellement français. Maintenant, les jeunes de banlieue disent: on ne se sent plus français".

"Ces jeunes en banlieue, remarque aussi Michel Wieviorka, sociologue spécialiste des violences urbaines, sont le fruit d'une décomposition qui dure depuis 25 ans". "Nous avons affaire maintenant à des conduites de crise".

L'explication? Pour Alain Touraine, qui avait analysé les émeutes de Vaulx-en-Velin en 1990 - elles étaient restées localisées - "il y a maintenant, en France, des phénomènes de ségrégation dans l'espace, de ghettos. Avant, il n'y avait pas de quartier homogène. Aujourd'hui, il y a des quartiers entiers ou l'on ne vend ni vin ni porc".

Ce phénomène de ghettoïsation est aussi souligné par l'architecte urbaniste Roland Castro, chargé, sous François Mitterrand, de s'occuper de rénovation urbaine: "Il y a 25 ans déjà, on observait un énorme problème urbain, des problèmes liés à notre histoire coloniale, des quartiers de pauvres, souvent noirs et maghrébins. Aujourd'hui, la situation a empiré: les pauvres, toujours noirs ou maghrébins, pauvres blancs aussi, sont deux fois plus chômeurs que les autres dans des quartiers moches et remplis de familles monoparentales".

A Roland Castro qui dénonce "l'état général du tribalisme de la société", "celui de Neuilly-Auteuil-Passy comme celui de Clichy-Montfermeil", répond en écho Alain Touraine qui constate "les multiples manifestations de rejet, de l'école et de nombreux profs par exemple, à l'égard des jeunes issus de l'immigration".

Partout, souligne-t-il, "il y a des signes de rupture avec le pacte social français" et "un repli communautaire net".

"La population d'origine musulmane s'est beaucoup transformée", ajoute-t-il. Il en veut pour "preuve" la situation des filles "qui s'est complètement dégradée en dix ans. Une fille, il y a dix ans, pouvait se balader en jupe, en tenant la main d'un garcon. Aujourd'hui, c'est totalement impossible. Son frère lui casserait la gueule".

"Ce qui se passe en ce moment n'est ni économique ni religieux, estime-t-il aussi. Les autorités religieuses se sont d'ailleurs placées du côté de l'ordre. Elles, elles tiennent à l'intégration".

Pour Michel Wieviorka aussi on assiste à "un déclin historique de notre modèle social. C'est quelque chose de très profond", estime-t-il, considérant que "la violence se manifeste dans les quartiers où les problèmes sont les plus condensés".

# Posté le mardi 08 novembre 2005 19:24

Nette décrue des violences urbaines en France

Nette décrue des violences urbaines en France
Mercredi 9 Novembre 2005

Nette décrue des violences urbaines en France

Les violences qui ont éclaté pour la treizième nuit consécutive mardi soir, surtout en province, ont connu une nette décrue avec 617 véhicules incendiés alors que le gouvernement a réactivé la loi sur l'état d'urgence pour ramener le calme.

Le directeur de cabinet de Nicolas Sarkozy au ministère de l'Intérieur, Claude Guéant, a indiqué sur Europe 1 qu'il y avait eu 617 voitures brûlées en France dans la nuit de mardi à mercredi. Il y a eu de "très nombreuses interpellations", "autour de 1.800 personnes depuis le début des événements", a-t-il ajouté. Dans la nuit de lundi à mardi, 1.173 véhicules avaient été brûlés et 330 personnes avaient été interpellées dont 178 personnes écrouées.

Par ailleurs, le décret instituant l'état d'urgence "à compter du 9 novembre 2005 à zéro heure sur l'ensemble du territoire métropolitain" a été publié mercredi matin par le Journal officiel sur son site internet. Les préfets pourront ainsi décider des mesures de restriction de circulation des personnes et/ou des véhicules, dans des lieux et périmètres déterminés, selon des horaires précis.

Selon M. Guéant, 11.500 agents des forces de l'ordre étaient "sur le pont" dans la nuit.

Dans le Nord, 78 véhicules ont été incendiés et 25 personnes ont été interpellées, toujours principalement dans l'agglomération de Lille (63 véhicules brûlés), "du mieux" par rapport aux trois nuits précédentes, a souligné la préfecture peu avant 8H00.

Dans la Somme, où un couvre-feu pour les mineurs de moins de 16 ans avait été décrété à Amiens et dans son agglomération de 0H00 à 6H00, sept véhicules ont été incendiés. La préfecture a tiré un bilan "positif", en déclarant que la venue des parents dans les commissariats pour récupérer leur enfant de 12 à 15 ans permettait "la discussion et la sensibilisation".


Les violences urbaines ont également perdu en intensité dans le Grand Ouest, notamment à Nantes et Rennes. A Nantes, la nuit a été plus calme que la précédente, les pompiers ne comptabilisant que sept véhicules incendiés, de même qu'à Caen, Angers, au Mans et dans l'agglomération brestoise où quelques voitures ont été partiellement ou totalement détruites par les flammes.

A Rennes également, les incidents ont connu un répit avec seulement trois véhicules incendiés.

Dans les départements du Grand-est, la baisse est significative avec un peu plus d'une centaine de véhicules brûlés, contre plus de 160 la nuit précédente, selon un bilan provisoire des pompiers.

Dès 22h00, le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy avait relevé une "décrue assez sensible", lors d'une visite à Toulouse, où des affrontements ont eu lieu dans le quartier de la Reynerie en début de soirée. A Lyon, le trafic des transports en commun de l'agglomération a été interrompu peu après 22h00 sur l'ensemble du réseau après divers incidents et notamment le jet d'un cocktail molotov contre une station de métro. Dans cette ville, deux journalistes russes ont été molestés par des émeutiers.

Un bus au GPL de transport urbain, circulant sans passager, a été attaqué à coups de cocktails molotov et a explosé à Bassens, dans la banlieue bordelaise, sans faire de victime. Un homme de 53 ans a d'autre part été grièvement blessé en fin d'après-midi par une haltère jetée depuis un immeuble d'un quartier de Nice touché depuis quatre jours par plusieurs actes de violence urbaine, sans qu'il y ait un lien certain avec les violences.



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Divers incendies de bâtiments publics ont été signalés comme une école maternelle à Décines, dans l'agglomération lyonnaise, une crèche à Miribel (Ain), une bibliothèque à Châlon-sur-Saône (Saône-et-Loire), et, près de Douai (Nord) la médiathèque d'Auby, où la mairie a été également endommagée. Une centaine d'habitants d'un immeuble HLM d'Outreau (Pas-de-Calais) ont été temporairement évacués après l'incendie criminel de six voitures en sous-sol. A Dole (Jura), ce sont 24 personnes qui ont du quitter leur domicile après l'incendie de neuf bus de transport scolaire dans un entrepôt.

Egalement dans le Pas-de-Calais, plutôt épargné jusque-là et qui a connu une nuit plus agitée que les précédentes, une grande surface de meubles a brûlé, un feu qui s'est propagé à un magasin de moquette dans la zone commerciale d'Arras. A Grasse (Alpes-Maritimes), un local du quotidien Nice-Matin a été fortement endommagé par un feu de poubelle.

En région parisienne, la baisse a été très sensible avec une vingtaine de véhicules incendiés en Seine-Saint-Denis, seize dans les Yvelines, quinze en Seine-et-Marne et dans le Val d'Oise, moins d'une dizaine dans les Hauts-de-Seine, neuf dans l'Essonne, notamment celui du président de l'association des musulmans de Corbeil-Essonnes aux Tarterets, qui avait lancé un appel au calme dimanche, et huit dans le Val-de-Marne.


Mardi matin, le Conseil des ministres a adopté un décret d'application de la loi du 3 avril 1955, qui institue l'état d'urgence en France, autorisant notamment des couvre-feux et des perquisitions sans le contrôle d'un juge. Le président Chirac a affirmé que la décision d'instaurer ces couvre-feux était "nécessaire pour accélérer le retour au calme". Les décrets permettant l'application de ces couvre-feux ont été publiés au Journal officiel de mercredi.

Mardi après-midi, lors d'un débat à l'Assemblée nationale, Nicolas Sarkozy a assuré que la mise en oeuvre du couvre-feu ferait l'objet d'une "application mesurée" qui ne mettrait "en cause la liberté de personne". A Toulouse dans la soirée, le ministre de l'Intérieur a ajouté que le couvre-feu serait mis en place "d'une manière proportionnée à la menace".

# Posté le mercredi 09 novembre 2005 05:48

Modifié le jeudi 21 juin 2007 14:37

Le décret sur l'état d'urgence publié au Journal officiel

Le décret sur l'état d'urgence publié au Journal officiel
Le décret sur l'état d'urgence publié au Journal officiel

Le décret instituant l'état d'urgence "à compter du 9 novembre 2005 à zéro heure sur l'ensemble du territoire métropolitain" a été publié mercredi matin par le Journal officiel sur son site internet.

Les préfets pourront ainsi décider des mesures de restriction de circulation des personnes et/ou des véhicules, dans des lieux et périmètres déterminés, selon des horaires précis.

Ils pourront aussi instituer des zones de protection ou de sécurité où le séjour des personnes sera réglementé, et interdire l'accès à tout ou partie d'un département à toute personne cherchant à entraver l'action des pouvoirs publics.

Un second décret précise que certaines dispositions de la loi du 3 avril 1955 sur l'état d'urgence sont applicables dans tout ou partie de 25 départements, parmi lesquels toute l'Ile-de-France dont Paris.

Dans les zones ainsi définies, le ministre de l'Intérieur peut prendre des mesures d'assignation à résidence ou de "remise des armes". Les préfets pourront également prononcer la fermeture provisoire de salles de spectacles, débits de boissons ou lieux de réunions et ordonner l'interdiction de réunions.

Par ailleurs, des perquisitions nocturnes pourront être également ordonnées soit par le ministre soit par les préfets.

# Posté le mercredi 09 novembre 2005 05:50

Des cocktails Molotov pour faire parler de nous "à la télé"

Des cocktails Molotov pour faire parler de nous "à la télé"
Des cocktails Molotov pour faire parler de nous "à la télé"

L'idée leur est venue "en lisant le journal": mal à l'aise, Herman, 21 ans, essaie d'expliquer mardi au juge pourquoi il a été arrêté en possession de cocktails Molotov dans la nuit de dimanche à lundi avec deux amis mineurs à Nantes.

Devant le président du tribunal correctionnel de Nantes, le jeune chômeur de 21 ans ne chuchote que de temps à autres des réponses fugitives.

L'idée de fabriquer des cocktails Molotov leur est venue samedi "en lisant le journal", dit-il avant de s'enfermer dans le silence. "Tous les trois nous avons décidé de faire des cocktails Molotov comme à la télé", témoigne l'un de ses camarades mineurs, S., dont le président cite la déposition.

Ils achètent un pack de bière, le boivent parce qu'il faut vider les bouteilles, qu'ils remplissent ensuite avec un peu d'essence. Une mèche avec un torchon ramassé dans une poubelle, et le tour est joué. "Nous sommes allés à Bellevue (un quartier sensible de l'ouest de Nantes NDLR) pour voir s'il y a avait une émeute à laquelle nous pouvions participer", déclare l'autre mineur, E., dans sa déposition.

"E. m'a dit qu'il voulait faire des cocktails Molotov pour lancer sur les flics", explique alors Herman, "pour faire parler de nous à la télé" Le président du tribunal lui demande s'il était prêt à tuer un policier pour passer à la télé. "Je ne sais pas quoi dire", répond Herman, avant de murmurer un "Je regrette" timide et désespéré. Il s'est entendu infliger huit mois d'emprisonnement dont quatre avec sursis tandis que S. et E. comparaîtront le 29 novembre.

# Posté le mercredi 09 novembre 2005 05:51

Modifié le jeudi 21 juin 2007 15:54