Michaël" attend la fin des émeutes pour reprendre son "business"

Michaël" attend la fin des émeutes pour reprendre son "business"
"Michaël" attend la fin des émeutes pour reprendre son "business"

"Michaël" traîne dans les rues des Mureaux, banlieue pauvre de la région parisienne. "Je zone, je marche, je fais rien". Il dit qu'il attend la fin des émeutes pour "re-continuer" son "business".

"J'attends que ça se calme pour reprendre. Il y a beaucoup trop de flics maintenant, depuis les émeutes", explique le jeune homme de 21 ans, d'origine malienne. "Michaël" n'est qu'un pseudo.

"Même en bas de chez moi, y'a des jeunes qui balancent des pierres. Je descends pour leur dire de partir. Ca attire les flics", ajoute-t-il, d'une voix à peine audible.

Ce ne sont pas seulement les policiers envoyés en renfort aux Mureaux, ville des Yvelines où il a grandi, qui l'inquiètent. Ce sont tous les autres déployés dans les cités alentour: là où il fait son "business".

Comme le confirme un policier qui connaît bien ces quartiers, "les plus impliqués dans les trafics ne bougent pas", c'est à dire qu'ils ne font pas partie de ceux qui brûlent des voitures et se heurtent aux forces de l'ordre.

Michaël explique qu'il transporte "du pilon", du cannabis, et convoie - sans permis de conduire - des voitures "pas honnêtes". Il ne fanfaronne pas. Il le dit doucement, une fois éloignés les copains du quartier.

Il raconte avec été recruté par des "Français blancs" dans une discothèque, le Pharaon, près des Mureaux. En septembre, il a commencé à travailler pour eux. A 7 ou 8 reprises, il dit être allé chercher des BMW volées, notamment en Allemagne, pour les convoyer en France.

Trois fois, dit-il aussi, il a transporté des centaines de kilos de cannabis cachés dans un camion. "On fait ça entre deux et trois heures du matin, je passe de quartier en quartier pour déposer le shit. Il y a toujours une voiture qui me suit, par précaution. Si les flics me repèrent, je m'arrête pas, je fonce dans le quartier et les autres s'arrangent pour les bloquer".

Faire le sale travail des "blancs" ne le dérange pas, tant qu'il est payé comme il l'est, dit-il. "18.000 euros par semaine" pour lui et les trois amis avec lesquels il travaille et partage un appartement.

C'est là qu'il cache l'argent qu'il gagne, affirme-t-il. Le laisser au domicile familial, où son père, âgé de 89 ans, vit avec plusieurs femmes et une ribambelle d'enfants, aurait été trop risqué.

Michaël, qui a quitté le système scolaire en troisième, dit qu'il attend la fin des émeutes pour reprendre ce "travail" qui paye bien plus que ses précédents emplois de jardinier.

"De toute façon, assure-t-il, on a bientôt fini. Ca tourne. Ils (ses employeurs, ndlr) bossent trois, quatre mois avec un groupe, et ils passent à un autre groupe", pour ne pas se faire repérer. "Nous, ça fait deux mois et demi qu'on bosse avec eux".

Plus tard, Michaël assure qu'il aura un "boulot légal". Il envisage de "travailler à la chaîne à l'usine, chez Renault ou Peugeot", et dans dix ans, il se voit "posé, avec une belle maison du côté de Saint-Germain-en-Laye", la grande ville non loin des Mureaux.

Marié? "Je sais pas... Avec les filles, ça dure jamais très longtemps. Elles écoutent pas ce que disent les gens. Elles m'écoutent pas quand je leur dis de ne pas sortir, ou d'aller quelque part..."

Mais s'il pouvait s'autoriser à rêver, que ferait-il? Michaël commence par dire qu'il "sait pas trop". Puis il réfléchit, soulève un peu la visière de sa casquette, et, soudain, décrit son rêve comme s'il était en train de le vivre. "Je suis en Amérique, dans un endroit beau ... un hôtel cinq étoiles. Je me ballade en limousine. Et je suis toujours en costard, et un cigare dans la bouche".

# Posté le samedi 12 novembre 2005 13:35

VIOLENCES URBAINES : Les événements depuis le 27 octobre...

VIOLENCES URBAINES : Les événements depuis le 27 octobre...
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La mort de deux mineurs électrocutés après avoir pénétré dans un transformateur électrique à Clichy-sous-Bois, alors qu'ils se croyaient poursuivis par la police, a déclenché de violents affrontements en Seine-Saint-Denis, puis dans d'autres départements de la banlieue parisienne.

- 27 octobre: trois jeunes enjambent les grilles d'un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (Seine-Saint-Denis). Deux d'entre eux, Ziad, 17 ans, d'origine tunisienne, et Banou, 15 ans, d'origine malienne, trouvent la mort en s'électrocutant. Le troisième, âgé de 21 ans et d'origine turque, est grièvement blessé.

- nuit du 27 au 28 octobre: plusieurs dizaines de jeunes s'en prennent aux pompiers, aux policiers, à des bâtiments publics et 23 voitures sont incendiées à Clichy-sous-Bois.
- 28 octobre: le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy affirme que "la police ne poursuivait pas physiquement" les deux jeunes.

- nuit du 28 au 29 octobre: 400 jeunes affrontent pendant deux heures les policiers à Clichy-sous-Bois et dans la ville voisine de Montfermeil. Une balle réelle est tirée sur un fourgon de CRS, 29 véhicules sont incendiés.

- 29 octobre: 500 personnes défilent en silence dans Clichy-sous-Bois, en mémoire des deux mineurs. Le procureur de la République de Bobigny, François Molins, affirme que, selon l'audition du troisième jeune, "les trois adolescents ont pris la fuite à la vue d'un contrôle d'identité à Livry-Gargan. Ils se sont crus poursuivis alors qu'ils ne l'étaient pas".

- nuit du 29 au 30 octobre: 20 véhicules incendiés à Clichy.

- nuit du 30 au 31 octobre: affrontements à la limite entre Clichy-sous-Bois et Montfermeil, 8 voitures incendiées, une grenade lacrymogène utilisée par les CRS atteint une mosquée de Clichy.

- 31 octobre: trois jeunes condamnés à 8 mois de prison, dont deux ferme, pour avoir lancé des projectiles contre des policiers.

- nuit du 31 octobre au 1er novembre: échauffourées à Clichy-sous-Bois et dans six autres villes de Seine-Saint-Denis, ainsi qu'à Chelles (Seine-et-Marne), ville limitrophe de Montfermeil, 68 véhicules incendiés.

- 1er novembre: Dominique de Villepin reçoit à Matignon les familles des deux jeunes, en compagnie de Nicolas Sarkozy. Le Premier ministre assure que "toute la lumière sera faite sur les circonstances de cet accident".
Le ministre délégué à la Promotion de l'égalité des chances Azouz Begag dénonce la "sémantique guerrière, imprécise" du ministre de l'Intérieur.

- nuit du 1er au 2 novembre: nouveaux affrontements en Seine-Saint-Denis, mais aussi en Seine-et-Marne, dans les Yvelines et le Val-d'Oise, 228 voitures incendiées.

- 2 novembre: Nicolas Sarkozy annule un voyage au Pakistan et en Afghanistan. Jacques Chirac appelle à l'apaisement des "esprits". Dominique de Villepin reporte une visite au Canada et annonce "un plan d'action" avant la fin novembre, tout en affirmant qu'il n'y a "pas de solution miracle face à la situation des quartiers". Deux jeunes condamnés à 10 mois de prison dont 3 ferme et 6 mois de prison dont un ferme.

- nuit du 2 au 3 novembre: septième nuit de violence, quatre tirs à balles réelles visent policiers et pompiers, un poste de police est "investi" à Aulnay-sous-Bois, plusieurs bâtiments sont incendiés, 177 véhicules brûlés en Seine-Saint-Denis.

- 3 novembre: le ministre de l'Emploi et de la Cohésion sociale Jean-Louis Borloo estime que "la fermeté doit rester de mise" mais "la main tendue aussi".
Les familles des mineurs électrocutés portent plainte contre X pour non assistance à personne en danger, une information judiciaire est ouverte. Nicolas Sarkozy les reçoit pour leur présenter l'avancement de l'enquête de l'Inspection générale des services (IGS).

- nuit du 3 au 4 novembre: 420 voitures sont brûlées au cours de la nuit, alors que 1.300 policiers étaient déployés en Seine-Saint-Denis.

- nuit du 4 au 5 novembre: près de 900 véhicules incendiés dans toute la France, des écoles et bâtiments publics attaqués, 250 interpellations.

- 5 novembre: Jacques Chirac fait savoir par son entourage qu'il s'exprimera sur les violences urbaines "le moment venu, s'il l'estime nécessaire".

- nuit du 5 au 6 novembre: dixième nuit de violences, 1.295 véhicules brûlés, 312 interpellations.

- 6 novembre: Jacques Chirac déclare, à l'issue du Conseil de sécurité intérieure réuni à l'Elysée, que la "priorité" est le "rétablissement de la sécurité et de l'ordre public". Dominique de Villepin annonce "un renforcement de nos dispositifs de sécurité partout sur le territoire où cela est nécessaire".

- nuit du 6 au 7 novembre: onzième nuit de violences.
Bilan le plus lourd depuis le début des violences avec 1.408 véhicules incendiés, 395 personnes interpellées et 36 policiers blessés. Les violences ont touché 274 communes.
Dominique de Villepin évoque un "couvre-feu" qui pourrait entrer en vigueur dès mercredi.

- Nuit du 7 au 8 novembre : douzième nuit de violences. 1.173 voitures incendiées, 330 personnes interpellées. La violence a connu une nette décrue en Ile-de-France mais reste forte en province.

- 8 novembre : le Conseil des ministres prend un décret permettant d'imposer un couvre-feu "dans des zones qui seront définies", dans le cadre de la loi de 1955 sur l'état d'urgence.

- nuit du 8 au 9 novembre: 617 véhicules incendiés en France, "baisse très importante", souligne le ministère de l'Intérieur.

- 9 novembre: publication du décret sur l'état d'urgence au Journal officiel.

- nuit du 9 au 10: 482 véhicules brûlés et 203 personnes interpellées en France, un bilan qui marque "un reflux important" des violences urbaines, selon la direction générale de la police nationale



L'événement qui a mis le feu aux poudres

Cette flambée de violence urbaine a éclaté le 27 octobre dernier à Clichy-sous-Bois après que deux adolescents de 15 et 17 ans eurent été électrocutés alors qu'ils se croyaient poursuivis par la police.

Les deux jeunes, accompagnés d'un ami, s'étaient introduits dans des installations électriques avant d'être électrocutés par une décharge émanant d'un transformateur.

Persuadés que les adolescents étaient poursuivis par des policiers au moment de leur mort, des jeunes du quartier sont aussitôt descendus dans les rues, où ils ont incendié des voitures et saccagé les lieux.

Les émeutes ont rapidement gagné d'autres quartiers défavorisés de la banlieue parisienne dans les nuits qui ont suivi...

# Posté le samedi 12 novembre 2005 13:51

Modifié le dimanche 13 novembre 2005 06:16

La douzième nuit d'émeutes (08/11)

La douzième nuit d'émeutes (08/11)
Un bouquet de fleur déposé lors d'une cérémonie en mémoire de Jean-Jacques Lechenadec, mort lundi après avoir été frappé.

# Posté le samedi 12 novembre 2005 14:08

Non respect du couvre-feu: deux mois ferme et/ou 3.750 euros d'amende

Non respect du couvre-feu: deux mois ferme et/ou 3.750 euros d'amende
Non respect du couvre-feu: deux mois ferme et/ou 3.750 euros d'amende






Toute personne qui enfreindra les règles de couvre-feu qui seront décrétées encourra une peine d'emprisonnement ferme de deux mois et/ou une amende de 3.750 euros, selon la loi du 3 avril 1955 "instituant un état d'urgence".

Comme en temps normal, l'emprisonnement est divisé par deux pour les mineurs, soit un mois.

Ces peines sont celles prévues pour toutes les personnes qui enfreignent les règles instituées par un préfet ou le ministre de l'Intérieur en vertu de l'état d'urgence, le couvre-feu étant la principale mesure présentée par le Premier ministre Dominique de Villepin.

Autre disposition prévue par la loi, le préfet pourra autoriser des perquisitions jour et nuit sans que la police ait besoin du feu vert du pouvoir judiciaire.

Cette mesure, a indiqué le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, s'appliquera en cas de suspicion de détention d'armes, ou alors, a dit le Premier ministre à l'Assemblée nationale, "dans les domiciles de personnes qui auraient lancé des projectiles ou tiré sur les forces de l'ordre".

La loi de 1955 prévoit également toute une série de mesures répressives dont peut user le pouvoir administratif, le Premier ministre ayant donné le feu vert à certaines d'entre elles, dont voici la liste:

Le préfet peut instituer des "zones de sécurité" où le séjour des personnes est réglementé, tout comme, selon M. de Villepin, la circulation des véhicules.

Le ministre de l'Intérieur ou les préfets peuvent prononcer des assignations à résidence dans une circonscription territoriale ou une zone déterminée. Ils peuvent aussi interdire de séjour des personnes dans tout ou une partie du département et ordonner la remise aux autorités de différents types d'armes à feu.

La fermeture de lieux de réunion, y compris les bars ou les salles de spectacle, peut être décrétée provisoirement, tout comme l'interdiction des "réunions de nature à provoquer ou entretenir le désordre".

En revanche, M. de Villepin a exclu d'utiliser la disposition autorisant "le contrôle de la presse et des publications de toute nature ainsi que celui des émissions radiophoniques, des projections cinématographiques et des représentations théâtrales".

Possibilité non évoquée par le Premier ministre, la loi de 1955 prévoit aussi que, sur rapport des ministres de la Justice et de la Défense, un décret peut autoriser la juridiction militaire "à se saisir de crimes, ainsi que des délits qui leur sont connexes, relevant de la cour d'assises de ce département".

Si l'état d'urgence est décrété en Conseil des ministres, sa prorogation au delà de 12 jours ne peut être autorisée que par une loi qui doit en fixer la durée définitive.

# Posté le samedi 12 novembre 2005 14:17

Les 25 départements où peut s'appliquer l'état d'urgence

Les 25 départements où peut s'appliquer l'état d'urgence
- Alpes-Maritimes : Nice, Saint-Laurent-du-Var.
- Bouches-du-Rhône : Marseille.
- Côte-d'Or : Dijon, Chenôve, Longvic.
- Eure : Evreux, Gisors.
- Haute-Garonne : Toulouse, Colomiers, Blagnac.
- Loiret : Orléans.
- Meurthe-et-Moselle : Nancy, Vandoeuvre-lès-Nancy.
- Moselle : Metz, Woippy.
- Nord : l'ensemble des communes de la communauté urbaine de Lille-Métropole.
- Oise : Méru, Creil, Nogent-sur-Oise.

- Puy-de-Dôme : Clermont-Ferrand.
- Bas-Rhin : Strasbourg, Bischheim.
- Haut-Rhin : Mulhouse.
- Rhône : Lyon, Vénissieux.
- Paris : Paris.
- Seine-Maritime : Rouen, Le Havre.
- Seine-et-Marne : l'ensemble des communes du département.
- Yvelines : l'ensemble des communes du département.
- Somme : Amiens.
- Vaucluse: Avignon.

- Essonne : l'ensemble des communes du département.
- Hauts-de-Seine : l'ensemble des communes du département.
- Seine-Saint-Denis : l'ensemble des communes du département.
- Val-de-Marne : l'ensemble des communes du département.
- Val-d'Oise : l'ensemble des communes du département.

# Posté le samedi 12 novembre 2005 18:29

Modifié le jeudi 21 juin 2007 16:45